Christophe de Margerie à l’Assemblée : entre incompréhensions et franc-parlé

2014-01-17T11:21:00+00:00

Christophe de Margerie, était auditionné mercredi 15 janvier par la commission des Affaires Economiques de l’Assemblée nationale. Un exercice compliqué pour le pdg de Total qui a assumé ses positions et, comme d’accoutumé, a été avare en langue de bois, ce qu’auraient peut-être préféré les députés. Tous les sujets d’actualité ont été abordés par la commission présidée par François Brottes.

Raffinage

Sujet brûlant d’actualité, le raffinage français a été un des premiers abordés par la représentation nationale. Sur l’ensemble du pays, le constat ne varie pas : le raffinage français perd de l’argent. « La situation est très compliqué pour nos activités aval. Nous devons anticiper les mutations futures et adapter notre appareil productif en fonction », a expliqué le pdg de Total.

christophe-de-margerieMis en cause par trois députés de l’outre-mer sur le dossier du décret carburant (voir ici), le ton est monté d’un cran. Christophe de Margerie a regretté l’absence de cohérence dans la politique de l’Etat concernant ses territoires extra-péninsulaires, rappelant qu’un accord sur ce même sujet avait été signé il y a seulement trois ans. « Fallait-il rouvrir le débat  trois ans après ? Je pense que cet accord valait mieux que cela », a-t-il regretté, insistant sur le manque de concertation dans cette affaire. Concernant la transparence, que le décret est censé améliorer, le chef d’entreprise a vu rouge : « Nous sommes prêt à collaborer avec les services de l’Etat mais si ce que vous voulez c’est qu’on ouvre tous nos livres de comptes, alors c’est non ! Il n’est pas ici question de transparence et vous le savez bien mais de rentabilité. On nous reproche de gagner trop d’argent mais c’est complètement faux. Ce business se rapproche davantage d’un service-public. Si vous trouvez une entreprise qui veut reprendre nos activités à Mayotte, je suis prêt à lui céder ! », a conclu Christophe de Margerie.

Fiscalité

Il est régulièrement reproché à Total, première capitalisation du CAC40 de ne pas payer, ou presque, d’impôt et d’avoir mis en place un système d’optimisation fiscale à travers de nombreuses filiales. Une affirmation rejetée en bloc par le pdg de Total qui rappelle que son groupe verse 14 milliards d’euros au titre des divers impôts payés dans le monde (puisque son activité est mondiale). En France, l’activité de la Major est déficitaire de l’ordre de 500 millions d’euros sur l’année 2013  : « Vous n’escomptez tout de même pas me faire payer des impôts sur des pertes ? », a lancé à l’assemblée Christophe de Margerie. Et de rappeler qu’en 2012, les nouvelles dispositions fiscales, notamment sur les dividendes, ont augmenté de 1,2 milliard d’euros le montant des taxes versées par l’entreprise à l’Etat.

Gaz de schiste et image

Interrogé sur les gaz de schiste, Christophe de Margerie s’est félicité des deux permis d’E&P obtenus au Royaume-Uni quelques jours plus tôt et déploré le blocage en France. « Pourquoi être obligé de se battre ? Ne peut-on pas avoir un débat serein ? Et si bataille il devra avoir, ce serait bien de savoir s’il y a de quoi », a-t-il plaidé regrettant qu’aucun forage n’ait été réalisé pour estimer les réserves exploitables d’hydrocarbures de roche-mère. Il a par ailleurs mis en avant l’excellence opérationnelle qui s’est imposée dans ce secteur : « Le film Gasland correspond à une réalité de petits producteurs américains qui date maintenant de plusieurs années. Exxon prouve aujourd’hui que l’exploitation de gaz de schiste peut se faire très proprement ».

Interpellé à plusieurs reprise sur le problème d’image de sa société, le pdg s’est montré agacé soulignant que cette mauvaise image était très française et que les pays étrangers ont une bien meilleure opinion de son entreprise, citant notamment Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix en 1991. Cette problématique d’image et la joute verbale avec les députés d’outre-mer ont donné le ton de cette audition qui a reflété malgré elle le malaise d’une entreprise peu aimée de ses compatriotes et certains de leurs représentants politiques. Un climat peu favorable pour une personnalité affirmée comme Christophe de Margerie, rendant son message forcément moins audible.

Partager