Eric Courtalon, directeur de Research and Innovation Centre for Energy (RICE)

2018-06-25T11:46:44+02:00

« Un centre de référence pour la R&D dans le domaine des infrastructures gazières »


Note : cette interview a fait l’objet d’une publication dans le numéro 1851 de Pétrole et Gaz Informations (Novembre/Décembre 2017).

Depuis le 1er janvier 2018, le Research and Innovation Centre for Energy (RICE) regroupe l’ensemble des activités de R&D dédiées au stockage, à la distribution et au transport de gaz naturel auparavant intégrées au sein du Centre de Recherche et d’Innovation du Gaz et des Energies Nouvelles (Engie Lab CRIGEN). Son directeur, Eric Courtalon, nous fait part des ambitions de cette nouvelle entité portée par GRTgaz.

Intégrité des installations : digitalisation par triangulation laser auto-positionnée pour l’aide à la caractérisation dimensionnelle de défauts (système Handyscan).

Pétrole et Gaz Informations : Pour quelles raisons avez-vous été amené à créer un centre de R&D spécifique à partir d’activités transférées du CRIGEN ?

Eric Courtalon : Cette évolution résulte tout à la fois d’une exigence réglementaire de la Commission de Régulation de l’Energie (CRE), qui avait demandé à GRTgaz de renforcer son indépendance par rapport à sa maison mère, le groupe Engie, et de l’opportunité pour GRTgaz relative à son positionnement dans le cadre de la transition énergétique. Dans une délibération de mars 2015, la CRE nous avait autorisés à poursuivre notre programme triennal de recherche, pour la période 2015-2017, que nous menions avec le CRIGEN donc avec Engie. Nous avions ainsi l’accord pour travailler encore trois ans avec le CRIGEN avec une obligation de trouver, à ce terme, une solution pour renforcer notre indépendance. Au même moment, nous élaborions notre projet d’entreprise « GRTgaz 2020 » et nous avions engagé les négociations pour le nouveau tarif transport ATRT6. À cette occasion, nous avions très clairement affiché notre ambition d’être tout à la fois un acteur incontournable de la transition énergétique et un leader dans les infrastructures gazières. Pour atteindre cet objectif, il était nécessaire de renforcer nos activités de R&D.


PGI : Quel est le périmètre des activités de R&D qui ont été transférées du CRIGEN vers GRTgaz ?

EC : Sur le plan des ressources humaines, ce transfert d’activités concerne environ une centaine de personnes – docteurs, chercheurs et techniciens – sur les 300 que comptait jusqu’à présent le CRIGEN. Bien sûr, ce transfert concerne aussi des actifs matériels et immatériels. Certains de ces actifs matériels sont d’ailleurs assez rares dans le monde. Il s’agit, par exemple, de laboratoires qui travaillent sur la qualité des gaz, de halls d’essais sur les matériaux métallurgiques et les composites, ou encore des installations pour la métrologie et le test de matériels de réseaux. Pour ce qui est du patrimoine immatériel, 54 inventions et 330 brevets ont été transférés à GRTgaz. Ces brevets concernent l’ensemble des infrastructures gazières, qu’il s’agisse de stockage, de distribution ou de transport de gaz naturel. Les équipes en charge de la valorisation de la propriété industrielle de ces actifs immatériels nous ont également rejoint. Enfin, ce portefeuille d’actifs immatériels comprend aussi les contrats de recherche qui avaient été signés entre le CRIGEN et des clients externes, par exemple dans le cadre de projets européens.

Station d’interconnexion de Pitgam (Nord)

PGI : Quel est l’objectif de votre Research and Innovation Centre for Energy (RICE) ?

EC : Avec la création de RICE, GRTgaz renforce son rayonnement à l’international. Par exemple, nous sommes présents au sein d’organismes de recherche collaborative internationaux comme le Pipeline Research Council International (PRCI) et le Groupe Européen de Recherches Gazières (GERG). Notre objectif est de valoriser cette expertise et de devenir un centre de référence pour la R&D dans le domaine des infrastructures gazières, a minima au niveau européen. La création de RICE nous donne notamment l’opportunité de nouer des partenariats plus importants avec les autres gestionnaires d’infrastructures. Nous sommes ainsi en discussion, par exemple, avec Enagas et Gasunie. Pour ce qui concerne les seules activités de transport et afin de préparer le rôle futur du réseau de demain, la délibération de la CRE nous a doté d’un budget 1,5 plus important qu’auparavant, passant de 11 millions d’euros à 16 millions d’euros par an.


PGI : Où les équipes de RICE sont-t-elles situées géographiquement ?

EC : Les équipes de RICE restent sur le site du Landy, près du stade de France, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), et à Alfortville (Val-de-Marne). Sur ce dernier site, une quinzaine de personnes travaillent dans ces laboratoires dédiés aux essais et à la métrologie. Tout le monde à GRTgaz est très enthousiaste à l’idée d’accueillir nos collègues. À noter que, dans les compétences qui nous rejoignent, il y a également des mathématiciens qui font de la modélisation de phénomènes physiques et de la simulation, et qui pourraient aussi, dans le futur, réaliser des modélisations économiques sur les évolutions de marché.


PGI : Quelles sont les grandes thématiques de R&D pour ce qui est de GRTgaz s ?

EC : Dans ce domaine, il y a trois thématiques de recherche essentielles. La première est la sécurité industrielle. C’est ce que l’on appelait jusqu’à présent la « R&D socle » qui regroupe les sujets sur lesquels nous travaillons depuis des années. Cela concerne principalement le vieillissement des installations avec, par exemple, les problématiques d’intégrité et de corrosion. La deuxième est l’excellence opérationnelle. Il s’agit par exemple de sujets comme l’amélioration de process avec le développement de logiciels pour la conduite du réseau et d’outils d’analyse de défauts, ou encore l’intégration des technologies du digital. La troisième est la révolution énergétique et écologique qui intègre des sujets que l’on peut considérer comme nouveaux, par exemple l’hydrogène et le biométhane 2e génération et 3e génération. Sur ces sujets, notre travail concerne notamment à la mise au point de spécifications autour de la qualité de ces nouveaux gaz pour l’injection dans les infrastructures de transport et de distribution et les usages industriels. Par exemple, pour ce qui est du développement du Power to Gas, il va être indispensable de déterminer quel sera l’impact de l’injection d’hydrogène dans les réseaux. De plus, on pourra également étudier comment séparer à nouveau le H2 et le CH4, pour les valoriser dans le cadre de certains usages industriels. C’est bien évidemment sur ces problématiques que notre expertise « qualité des gaz » prend tout son sens.

 

Soudure de tubes sur un chantier.

PGI : Pouvez-vous nous donner un exemple de projet de R&D collaborative ?

EC : Nous avons signé en 2017 un partenariat avec TIGF pour travailler en commun sur certains sujets, par exemple la tomographie magnétique qui pourrait être opérationnelle d’ici deux ou trois ans. Cette technique consiste à détecter depuis la surface un état de contrainte de l’acier qui pourrait permettre d’identifier une perte de matière et donc une éventuelle corrosion. C’est un sujet qui concerne la thématique de l’excellence opérationnelle car avec cette technologie, l’efficience pour la gestion de l’actif sera très fortement améliorée. Nous travaillons sur ce sujet depuis environ deux ans. L’objectif actuel est de valider les systèmes existants pour leur utilisation sur les infrastructures de gaz. Il s’agit notamment de bien définir leurs limites d’utilisation car cette technologie de contrôle non destructif peut aussi révéler des états qui tiennent à la construction de la canalisation et qui sont donc acceptables. Nous menons actuellement une phase de tests pour déterminer comment discriminer un défaut d’un non-défaut.


PGI : Quels sont les sujets d’actualité dans le domaine de la R&D à GRTgaz ?

EC : Dans l’actualité proche, il y a par exemple le déploiement des postes de rebours qui permettront demain de remonter des productions de biométhane injectés sur le réseau de distribution vers le réseau de transport. Nous avons ainsi pour objectif de réaliser un démonstrateur sur notre centre de R&D d’Alfortville, avant une industrialisation dans le cadre de l’expérimentation West Grid Synergy qui verra la mise en service de deux projets de rebours en 2019. Nous avons finalisé les études fonctionnelles de ce démonstrateur qui devrait être opérationnel en 2018. Dans le domaine de l’efficacité énergétique, nous menons actuellement le projet TENORE qui vise à récupérer l’énergie de détente fatale générée sur nos installations. Ce projet, qui s’inscrit dans notre démarche d’exemplarité environnementale et d’efficience, consiste à remplacer les vannes de détente par des turbo-expanders qui assureront à la fois la fonction de détente et une production d’électricité. L’énergie ainsi récupérée sera utilisée en autoconsommation sur nos sites. Nos études ont démontré qu’il y a un potentiel de récupération d’énergie important, notamment sur les interconnexions les plus significatives qui peuvent voir transiter 10 à 15 % de la consommation française de gaz. C’est un projet que nous réalisons avec une PME française qui développe la turbine.

Propos recueillis par Eric Saudemont

Images : GRTgaz

 

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