Julien de Beer, Senior Vice President Product & Solution Strategy d’Aveva

2019-01-02T15:39:58+01:00

« Mettre en cohérence le cycle de vie de l’actif et le cycle de vie de la production de cet actif »


Le 1er mars dernier, Schneider Electric annonçait la finalisation de la fusion de ses activités de logiciels industriels avec le spécialiste du domaine Aveva. La nouvelle entité issue de ce rapprochement vise notamment à accompagner les entreprises dans leur transformation numérique depuis la conception jusqu’à l’exploitation des installations.

Note : cet entretien a fait l’objet d’une publication dans le numéro 1854 de la revue « Pétrole et Gaz-Energies nouvelles » (mai/juin 2018).

Pétrole et Gaz-Energies nouvelles : Pouvez-vous nous rappeler quelles sont les activités d’Aveva ?

Julien de Beer : Créée en 1967 en tant que spin-off de l’université de Cambridge, au Royaume-Uni, Aveva est l’un des leaders sur le marché du développement du logiciel industriel pour la conception des installations, notamment pour les secteurs de l’Oil&Gas, du naval ou encore de la production d’énergie. Notre logiciel PDMS (Plant Design Management System) a été commercialisé pour la première fois en 1976. En 2013, nous avons édité son successeur, Aveva E3D, qui prend en compte toutes les nouvelles technologies du marché. Aujourd’hui, suite à la combinaison des activités d’Aveva avec celles de Schneider Software, nous sommes présents dans quarante pays dans le monde avec 80 bureaux environ pour plus de 16 000 clients. Nous employons environ 4 400 personnes et nous investissons 130 millions de dollars chaque année dans la R&D.


PGEN : Quelles sont les spécificités des solutions proposées par Aveva ?

JdB : L’atout principal des solutions développées par Aveva est de permettre de faire travailler, dans un seul et même environnement numérique, tous les métiers concernés par la conception d’une installation industrielle. Sur certains projets, on peut avoir plus de 1000 ingénieurs et techniciens, répartis en différents endroits du monde, qui travaillent en parallèle. Aujourd’hui, la maîtrise des coûts est essentielle. La capacité à avoir la meilleure vue possible sur le développement d’un projet permet d’établir une construction qui sera la plus optimisée possible. De plus, les outils d’Aveva ne demandent quasiment pas d’administration particulière ni de compétences informatiques spécifiques. Ils ont vraiment été développés pour les concepteurs de projets industriels.
D’une manière générale, on considère qu’environ 10 % du budget d’un projet est utilisé dans la phase de conception, 40 % dans les achats d’équipements et de matériels et 40 % dans la phase de construction. Les 10% restants sont dédiés à la gestion de projet et la mise en service de l’installation. Une maquette 3D la plus précise possible permet d’éviter les erreurs dans les deux phases les plus importantes et les plus coûteuses. Par ailleurs, la maquette 3D est un élément unique et fédérateur car tout le monde au sein d’une entreprise a une visibilité sur actif sur lequel il travaille. Plusieurs études ont démontré que les outils intégrés, tels que ceux développés par Aveva, permettent des gains réels. C’est dans cet esprit que nous avons développé une offre dédiée à la prise de décisions qui se nomme Aveva Engage et permet un accès graphique à l’information.


PGEN : C’est-à-dire ?

JdB : Aveva Engage permet un usage d’une maquette 3D sur un grand écran tactile. C’est une interface qui facilite la prise de décision rapide. Par exemple, en cliquant sur un objet de la maquette, comme une pompe ou un compresseur, on accède à toutes les informations de l’équipement concerné. Ainsi, si une pompe fonctionne mal, on peut visualiser non seulement l’équipement mais aussi les vannes qui permettent de l’isoler permettant de préparer une intervention localisée et sécurisée. C’est un apport considérable car on agrège aussi des informations des tierces parties. Aveva Engage offre donc un point d’entrée très graphique avec toutes les informations et les données d’un projet. Plusieurs compagnies, par exemple Shell, utilisent cette solution.


PGEN : Quelles synergies attendez-vous de la fusion entre Aveva et Schneider Electric Software ?

JdB : Le potentiel des synergies liées à la fusion entre Aveva et l’activité logiciels industriels de Schneider Electric est considérable. Aveva est un spécialiste du cycle de vie de l’actif, c’est-à-dire principalement de la cohérence et de l’intégrité mécanique. De son côté, Schneider Electric Software est un spécialiste de l’optimisation de l’efficacité opérationnelle de la production d’une installation. Par exemple, dans le secteur Oil&Gas, Aveva va traiter de la conception d’une raffinerie alors que Schneider Electric Software travaillera sur l’optimisation de la production de cette raffinerie. Aujourd’hui, 80 à 85 % des actifs industriels existant dans le monde utilisent des outils de Schneider Electric Software. Le fait de mettre en cohérence le cycle de vie de l’actif et le cycle de vie de la production de cet actif fait de l’entité issue de la fusion entre Aveva et Schneider Electric Software un acteur unique sur le marché. Enfin, ce rapprochement répond aux attentes des opérateurs comme à celles des contracteurs EPC, notamment pour ce qui est de la gestion et de l’optimisation de la maintenance opérationnelle.

 

PGEN : Aveva et Schneider Electric Software étaient déjà très présentes dans le secteur de l’Oil&Gas…

JdB : En effet, le secteur de l’Oil&Gas représente environ 45 % des revenus des deux entités. Aveva est présent principalement dans l’upstream et Schneider Electric Software essentiellement dans le downstream. Avec la fusion, nous couvrons désormais toute la filière O&G. La combinaison des forces d’Aveva et de Schneider Electric Software représente donc la meilleure offre possible, notamment pour nos clients opérateurs dans le contexte de la transformation numérique qu’ils ont commencé à mettre en œuvre. De plus, Schneider Electric Software apporte également une offre « Analyse et Simulation » dont ne nous disposions pas et qui va pouvoir améliorer la phase de développement de projet que nous traitons avec nos logiciels. Enfin, cette entreprise dispose d’une part de marché sur les capteurs intelligents de 39 %. Les deux portefeuilles sont très complémentaires. Schneider Electric Software est plus présent chez les opérateurs qui voient dans cette fusion la possibilité de disposer d’outils de visualisation numérique. Quant aux clients d’Aveva, qui sont en majorité des contracteurs EPC, ils y voient tout l’intérêt de pouvoir proposer à leurs clients opérateurs des solutions plus complètes.


PGEN : Quelles ont été les impacts de la crise pétrolière sur votre activité ?

JdB : Bien évidemment, après 2014, qui a été notre meilleure année en termes de volumes d’activité, cette dernière a baissé. En 2016, nous avons connu une timide reprise mais 2017 sera une très belle année. Plus globalement, nous sommes aujourd’hui confiants pour l’avenir, notamment dans la perspective de la fusion avec Schneider Electric Software. Cette opération résulte aussi de l’écoute de nos clients. Les nouveaux projets pétroliers se raréfient. Les opérateurs doivent optimiser leurs actifs. Pour maximiser la durée de vie de ces installations les opérateurs comprennent l’intérêt de disposer d’une maquette numérique associée à toutes les données des capteurs intelligents, permettant ainsi d’effectuer de la maintenance préventive et prédictive.


PGEN : Quel regard portez-vous sur l’évolution de la filière Oil&Gas dans le domaine numérique ?

JdB : La transformation digitale est aujourd’hui essentiellement poussée par le Cloud. Les acteurs du marché misent sur les technologies du Big Data et de l’IoT (Internet of Things) pour réduire les coûts opérationnels liés à l’informatique et mieux connaître, en temps réel, ce qui se passe au cœur de leurs installations, par exemple pour faire des analyses et identifier des éventuelles dérives. Les volumes de données sont énormes et doivent être stockées dans des data centers et dans le Cloud qui permet aussi de partager l’information. L’année 2018 initiera une adoption exponentielle du Cloud par les acteurs du pétrole et du gaz. Selon la typologie du projet, le contexte informatique et logiciel du client, les temps d’exécution des projets peuvent être réduits de 10 à 40 % grâce aux technologies du numérique.


PGEN : Quels sont vos axes d’innovation ?

JdB : Le Cloud est bien évidemment l’un de nos axes d’innovation essentiel. Mais il ne s’agit pas uniquement de réaliser un portage d’outils numériques dans le Cloud. Grâce aux technologies du SaaS (Software as a Service, ndlr), par exemple, on peut « découper » un outil monolithique que l’on a sur son ordinateur en services. C’est un travail essentiel qui va permettre de mettre à la disposition des différents utilisateurs des outils de conception spécifiques par métiers ou techniques. La fusion entre Aveva et Schneider Electric Software a eu lieu le 1er mars 2018, il est donc encore prématuré d’annoncer notre stratégie globale mais de nombreuses innovations et synergies seront prochainement annoncées.

Propos recueillis par Eric Saudemont

Images : Aveva

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